Je présente les résultats des interventions archéologiques menées sur le site d’un camp forestier des années 1940 dans le cadre d’un projet d’archéologie publique au parc national du Lac-Témiscouata. Le site de la vieille écluse a révélé un assemblage d’artéfacts particulièrement riche, toutefois homogène et standardisé caractéristique d’un environnement matériel contrôlé par une compagnie forestière. Dans ce contexte matériel uniforme créé par le capitalisme industriel, comment pouvons-nous observer les choix et comportements individuels des bûcherons? Je suggère que l’analyse des bouteilles de médicaments et d’alcool retrouvées sur le site peut témoigner des diverses stratégies utilisées par les travailleurs pour négocier leurs conditions de vie et maintenir un certain contrôle sur leur environnement. Je vais également discuter de l’utilisation sociale de l’espace du camp forestier par l’étude de la distribution spatiale de la collection d’artéfacts retrouvée en surface de la zone de dépotoir du camp. Aujourd’hui le patrimoine forestier occupe une place importante dans l’histoire familiale des Québécois et fait partie intégrante de la mémoire collective. Dans ce contexte, je suggère que l’archéologie publique du passé récent offre le potentiel d’engager les communautés contemporaines dans la découverte et la construction de la mémoire d’une culture ouvrière souvent inexplorée.