Thomas Andrews

Année d’attribution du prix : 
2018

Thomas Andrews a travaillé durant plus de quarante ans dans les régions arctique et subarctique du Canada, principalement au Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles (CPSPG) de Yellowknife. Tom a obtenu un doctorat à l’Université de Dundee en Écosse en 2011, sa thèse interdisciplinaire portant sur plus de trente ans de collaboration muséale avec les Dene. Il avait commencé à travailler à plein temps en archéologie avec le Projet de cartographie des Dene (Dene Mapping Project) de 1980 à1989. En 1990, Tom fut recruté par le CPSPG en tant qu’archéologue de la région subarctique, et était devenu, au moment de prendre sa retraite de la fonction publique en 2017, archéologue territorial des Territoires du Nord-Ouest et directeur du CPSPG. Son travail en collaboration avec différentes communautés autochtones des Territoires du Nord-Ouest a transformé l’archéologie au Canada. Tom, en partenariat avec George Nicholas, a lancé le concept de l’archéologie autochtone au Canada—«une archéologie faite avec, pour et par les Peuples autochtones». Parmi deux exemples évidents de la collaboration sur le terrain de Tom avec les communautés autochtones, mentionnons l’étude et l’ethnoarchéologie de l’itinéraire des canoës sur la Route Idaà, et la reconstitution filmée de la construction d’un canoë d’écorce de bouleau et d’une tente en peau de caribou que l’on peut voir en vidéo et sur des sites Internet. Il a également institué les paysages culturels autochtones en un nouveau sujet d’études et s’est fait l’avocat incontournable de la protection et de la commémoration de tels paysages, ainsi que du changement officiel des toponymes du nord canadien par des toponymes amérindiens. Tom est également un pionnier reconnu au niveau international de la recherche sur les restes archéologiques dans les bancs de glace fondante du Nord, nous alertant tous sur les impacts destructeurs du changement climatique sur les sites archéologiques des régions alpine, subarctique et arctique du Canada.

Voici comment George Nicholas a fait l’éloge de Tom Andrews.

J’ai travaillé avec et pour des communautés autochtones du Canada et d’ailleurs durant les trente dernières années, mais lorsque j’ai constaté le niveau de l’engagement communautaire de Tom, je me suis fait l’effet d’un pâle amateur… À mes yeux, il est depuis longtemps en tête de la course sur le plan de ce que doit faire l’archéologie, qu’elle soit au service de besoins locaux ou qu’elle explore les opportunités que créent les bancs de glace fondante. Il a acquis une renommée internationale pour son engagement communautaire et pour ses efforts de respecter l’ontologie, l’épistémologie et les conceptions autochtones du «patrimoine» et du «paysage»—pour ne mentionner que deux domaines – et d’éduquer les chercheurs occidentaux en ce sens. C’est une perle rare!

Tom a également produit une somme importante de publications et de conférences, ainsi que d’expositions muséales, de sites Internet les accompagnant et d’ouvrages de vulgarisation ayant remporté plusieurs prix. Il a publié trente articles ou chapitres de livres évalués par les pairs, et a prononcé de nombreuses conférences, sans même mentionner ses nombreuses communications publiques auprès des communautés autochtones et des groupes scolaires. Il a également créé des vidéos et deux sites Internet interactifs sur le patrimoine culturel autochtone à destination des enseignants et du grand public, en collaboration avec des communautés autochtones. En plus de son travail d’administrateur et de directeur d’un musée public, Tom a dirigé près de vingt étudiants de deuxième et troisième cycles et a organisé durant vingt ans des chantiers archéologiques pour les étudiants autochtones. Ses recherches sur le patrimoine autochtone se sont traduites par une politique gouvernementale grâce à sa participation active à la Commission des lieux et monuments historiques du Canada et à la Commission de toponymie du Canada.

Les recherches d’avant-garde de Tom ont contribué à donner de nouvelles bases à l’archéologie canadienne, mais durant toute sa carrière, son souci principal a été de mettre la recherche au service des communautés autochtones, en particulier des Dene. Il s’est acquis leur plus profond respect. Ainsi que le formule Leon Andrew, Dene Tulita:

Grâce à notre travail avec Tom, nous avons amassé un grand nombre d’informations sur l’histoire de notre peuple. Notre travail commun permettra à nos connaissances et à nos histoires sur la vie dans les montagnes d’être préservées pour les générations futures.

La contribution de Tom à l’archéologie canadienne est fondamentale, en particulier ses travaux sur l’archéologie autochtone, l’archéologie communautaire, les paysages culturels et archéologiques, et l’archéologie du changement climatique. Tom fut l’un des premiers archéologues canadiens à mettre en œuvre chacun de ces types d’archéologie qui sont désormais devenus des pratiques courantes de la discipline dans le monde entier. C’est avec le plaisir le plus sincère que je décerne à Tom Andrews le prix Smith-Wintemberg.