Robert McGhee

Date d’attribution du prix: 
2009
Robert McGhee
Robert McGhee

Le prix Smith-Wintemberg a été créé pour honorer les membres de la communauté des archéologues canadiens qui ont apporté une contribution exceptionnelle à notre discipline et à notre connaissance du passé archéologique du Canada. Ce prix, la plus haute distinction de notre association, n’est pas attribué tous les ans, mais seulement au mérite, en reconnaissance d’accomplissements ou de services remarquables. Cette année, le prix Smith-Wintemberg, selon le vote unanime du bureau exécutif, est attribué au Dr. Robert McGhee.

Il est impossible de penser à l’archéologie en Arctique sans avoir en tête les travaux et les idées de Robert McGhee. Membre de la Société royale du Canada et de l’Arctic Institute of North America, récipiendaire de la médaille Massey de la Société géographique royale du Canada, Robert McGhee peut être considéré comme le plus productif des archéologues ayant œuvré dans l’Arctique canadien, et l’un des plus éminents chercheurs que le Canada ait produit.

Après avoir obtenu le tout premier doctorat en archéologie décerné par l’Université de Calgary en 1968, pour son étude de la préhistoire des Inuit du Cuivre, il fut longtemps conservateur du département de l’archéologie arctique du Musée canadien de la Civilisation. Au cours d’une carrière qui couvre plus de quatre décennies, Bob McGhee a écrit et récrit la préhistoire de la région de l’Arctique canadien. En outre, il a su transcrire les histoires remarquables de l’histoire et de l’archéologie canadienne avec un talent d’écrivain et de vulgarisateur sans équivalent dans la discipline.

Il est difficile de résumer une carrière si remarquable, mais ce qui est le plus frappant, c’est sans doute l’envergure de ses accomplissements. Dans le cadre de sa spécialisation disciplinaire principale, il a mené des recherches qui sont devenues des fondamentaux pour tous les sujets d’importance dans l’archéologie arctique depuis l’arrivée des premiers Paléoesquimaux plus de 4000 ans avant l’ère historique ; il a dirigé des fouilles à travers tout l’Arctique canadien, depuis le delta du Mackenzie jusqu’à l’est du Haut-Arctique et le sud du Labrador. De plus, il a communiqué les résultats de ses recherches dans un nombre record de publications savantes, qui fait l’admiration de tous. En classe, ou dans un bar autour de quelques bières, on pouvait parler sans fin de ses travaux sur la migration des anciens Inuit dans l’Arctique canadien, sur la colonisation des îles de l’Arctique par les premiers Paléoesquimaux, de la question des contacts entre Dorsétiens et Thuléens ou des origines de la culture historique des Inuit du Centre, pour ne mentionner que quelques-uns des nombreux domaines auxquels a contribué Bob. Mais tout aussi importants, voire davantage, sont ses travaux de vulgarisation. Bob avait fait un pari audacieux en 1976 en publiant Burial at l’Anse d’Amour [Enterrement à l’Anse d’Amour], émouvant récit de fiction au sujet de la mort d’un jeune homme, qui se basait sur les travaux qu’il avait effectués, en compagnie de Jim Tuck, sur un site de l’Archaïque maritime au Labrador. Puis il publia une série d’articles regroupés en deux volumes, Ancient Canada et Canada Re-discovered, suivi par des ouvrages salués par la critique : Ancient People of the Arctic, qui examinait le mode de vie des peuples paléoesquimaux, The Arctic Voyages of Martin Frobisher, et Une histoire du monde arctique. Le dernier territoire imaginaire. Rédigés avec éloquence et passion, ces ouvrages et ses autres publications ont permis au grand public de se rapprocher du riche passé culturel du Canada et d’en avoir une meilleure appréciation. Au-delà de ses travaux publiés, Bob a organisé de nombreuses expositions de valeur, a produit et rédigé les scripts de vidéos et prononcé d’innombrables conférences – il est bien connu qu’une conférence de Robert McGhee vaut toujours le prix qu’on y met. Dans tous ses travaux, Bob a incité ses collègues à regarder au-delà des pierres et des ossements que découvre l’archéologie arctique, si intéressants soient-ils, pour imaginer la vie et les motivations des peuples arctiques dans le contexte de l’histoire mondiale. Tout compte fait, Robert McGhee mérite amplement cette plus haute distinction de notre association, le prix Smith-Wintemberg, et, pour paraphraser Leonard Cohen, un jour il aura gagné sa place dans la « tour de chanson ». Je vous prie de vous joindre à moi pour saluer l’extraordinaire carrière de Bob McGhee.

Jack Brink

Thunder Bay

16 mai 2009