Ron Williamson

Date d’attribution du prix: 
2016

Avez-vous déjà imaginé passer toute une soirée avec les archéologues les plus renommés du Canada ? Je crois que la plupart d’entre nous s’accorderaient sur ceux qu’ils souhaiteraient voir présents dans la même pièce – David Boyle, Harlan I. Smith, William J. Wintemberg, Scotty MacNeish, Jim Wright, Bruce Trigger, et tous ceux qui furent les récipiendaires du Prix Smith-Wintemberg de l’Association canadienne d’archéologie. Imaginez la conversation. Le Prix Smith-Wintemberg est le prix Nobel de l’ACA, et il fut créé pour « honorer les membres de la communauté des archéologues professionnels canadiens qui ont apporté une contribution exceptionnelle à l’avancement de la discipline de l’archéologie et à notre connaissance du passé archéologique du Canada ». Ce prix est décerné aux plus brillants de nos collègues, qui seraient les bienvenus dans une assemblée des plus grands de l’archéologie. Après avoir soigneusement considéré une lettre de nomination et plusieurs lettres de soutien, j’ai le grand plaisir d’attribuer à Ron Williamson le Prix Smith-Wintemberg pour l’année 2016. Ron a apporté une contribution exemplaire et durable à l’archéologie canadienne.

Ron est un archéologue aux multiples talents. Il a apporté d’exceptionnelles contributions à la recherche, a fait progresser autant la méthode que la théorie, a formé toute une génération d’archéologues à la gestion des ressources culturelles ; il s’est fait le défenseur d’une meilleure conservation du patrimoine archéologique et d’une plus grande participation des Autochtones à l’archéologie ; et il a diffusé les résultats des recherches archéologiques auprès du grand public par le biais d’ouvrages qui se sont vu décerner des prix, des expositions muséales et des films. Il a véritablement tout fait. Ainsi que le souligne sa lettre de nomination : « Le docteur Williamson a été, pendant plus de trente ans, un éminent chercheur en archéologie canadienne, en même temps qu’un praticien de premier plan du domaine de la gestion des ressources culturelles, et il est parvenu à être un ambassadeur influent de ces deux domaines au Canada et à l’étranger. En parallèle, il a grandement contribué au domaine de la vulgarisation des connaissances, à la formation des étudiants en archéologie et à permettre aux promoteurs, aux législateurs et aux décideurs politiques de prendre des décisions éclairées ».

La carrière archéologique de Ron a commencé dans les années 1970, lorsqu’il a obtenu un baccalauréat de la Western University et effectué des travaux de terrain sur le célèbre site du village Draper et du cimetière Bruce Boyd. Ron a suivi ses cours de maîtrise et de doctorat à l’Université McGill sous la direction de Bruce Trigger, en se spécialisant sur les schémas de peuplement iroquoïens de la période antérieure au contact. Au moment où il terminait son doctorat, en 1985, il avait fondé l’une des premières entreprises de gestion des ressources culturelles en Ontario, qui allait prendre de l’ampleur au point de devenir l’une des plus grandes entreprises de ce type au Canada – Archaeological Research Inc. (ASI), qui peut se targuer d’employer 46 personnes à temps plein et d’avoir réalisé plus de 1000 projets.

Un simple coup d’œil rapide au CV de Ron peut révéler l’étendue de ses contributions à notre connaissance du passé du Canada. Outre les centaines de rapports techniques produits par l’ASI, il a rédigé ou dirigé 16 ouvrages et monographies, et a publié 70 chapitres de livres et articles. Et Ron est parvenu à cette somme absolument remarquable à partir du domaine de la gestion des ressources culturelles, et non depuis un bureau de musée poussiéreux ou un prestigieux amphithéâtre d’université. Ainsi que le formule sa lettre de nomination :

« Ron a tiré parti des opportunités que lui procurait l’archéologie à contrat pour concevoir et diriger des recherches archéologiques de qualité, exhaustives et novatrices qui pourraient faire l’envie de nombreuses institutions de recherche pure ».

En plus de la somme de ses recherches, Ron s’est emparé des découvertes archéologiques pour les rendre accessibles au grand public sous la forme d’expositions muséales primées, d’ouvrages populaires et de films documentaires pour la télévision, tels que Curse of the Axe [La malédiction de la hache] (2011) et Explosion 1812 (2012).

Non content de mener à bien des projets en gestion des ressources culturelles, des recherches et des publications, tant pour ses collègues que pour le grand public, Ron a fortement plaidé pour une meilleure protection du patrimoine archéologique et une plus grande implication des peuples autochtones dans les prises de décisions politiques concernant la conservation des objets archéologiques. Il a fait partie de différents comités du gouvernement de l’Ontario, y compris lors de la crise d’Ipperwash, et il a entretenu d’étroites relations de travail avec différentes Premières Nations, notablement celle des Hurons-Wendat. Ron a également trouvé le temps, qui sait comment, de contribuer aux travaux des comités et de l’exécutif de différents organismes voués au patrimoine ou à l’archéologie, y compris ceux de la Société archéologique de l’Ontario et de l’Association canadienne d’archéologie.

Considérant ses quarante ans de carrière dans la gestion des ressources archéologiques de l’Ontario, ses recherches innovantes et la somme de ses publications prolifiques, son engagement désintéressé dans les organisations archéologiques et les comités du gouvernement de l’Ontario, et ses efforts engagés pour améliorer la protection du patrimoine archéologique du Canada ainsi que l’implication des Autochtones, j’ai le plaisir sincère de décerner le Prix Smith-Wintemberg à Ron Williamson.