Richard E. Morlan

Date d’attribution du prix: 
2008
Heather Morlan and Jack Brink

Le prix Smith-Wintemberg est décerné aux membres de la communauté des archéologues canadiens qui ont apporté une contribution exceptionnelle à l’avancement de la discipline de l’archéologie. Ce prix, la plus haute distinction de notre association, est attribué selon les années, au mérite, en reconnaissance d’accomplissements ou de services remarquables. Cette année, le prix Smith-Wintemberg, selon le vote unanime du bureau exécutif, est attribué à Richard E. Morlan.

Pour saluer cette reconnaissance, je suis heureux de vous présenter la carrière de Dick. Je remercie Jeff Huntson, John Matthews, Ray Le Blanc et surtout Ian Dyck, qui ont fourni l’essentiel de cette matière.

Au cours de ses 36 ans de carrière en archéologie canadienne, l’intelligence, l’envergure et la justesse des travaux de Richard E. « Dick » Morlan ont touché de nombreuses personnes. Il a été un chercheur prodigieux, un scientifique de premier ordre, un collaborateur efficace, un mentor pour ses étudiants, un bâtisseur de la discipline et un ami accueillant et chaleureux.

Après une formation à l’Université George Washington et à l’Université du Wisconsin-Madison, où il a obtenu sa maîtrise, puis son doctorat en anthropologie, Dick est entré en 1969 au Musée national de l’Homme en tant qu’archéologue spécialiste du Yukon. L’une des premières tâches qu’il entreprit fut l’édition du Bulletin de l’Association canadienne d’archéologie, alors balbutiant, qui fut le prédécesseur du Journal canadien d’archéologie. Il se plongea aussi dans le travail de terrain. Au cours des douze années suivantes, Dick posa les fondations des études en préhistoire tardive et en histoire ancienne du Yukon avec ses rapports de fouilles à Klo-kut, au lac Cadzow et ailleurs. Il publia en outre d’importantes études sur la technologie lithique et initia le Projet du refuge du Yukon, projet multidisciplinaire à la recherche des traces du plus ancien peuplement de l’Amérique du Nord. Six années consacrées au Projet du refuge du Yukon ont généré de grands progrès dans la connaissance des dépôts du Pléistocène les plus susceptibles de contenir des artefacts anciens. Finalement, Dick n’a pas trouvé les sites archéologiques primordiaux qu’il espérait découvrir ; mais, dans cette investigation du peuplement des Amériques, il a aiguisé son intérêt et son savoir en matière de chronologie, d’analyse faunique, de taphonomie et, plus largement, en matière d’études paléoenvironnementales, ce qui a orienté ses recherches subséquentes. Malgré plusieurs tournants géographiques dans sa carrière, Dick resta considéré, au niveau international, comme l’un des plus grands spécialistes de la modification des os.

En 1981, Dick tourna son attention vers l’archéologie des Plaines. Au début, il travaillait au sud de l’Alberta, travaillant avec moi sur le précipice à bisons de Head-Smashed-In. Puis il s’intéressa au centre-sud de la Saskatchewan et il s’ensuivit une collaboration à long terme avec Ernie Walker et les étudiants de l’Université de la Saskatchewan, sur les nombreux sites du Parc archéologique de Wanuskewin. Outre ses propres contributions à ce travail, il devint professeur adjoint à l’Université et y supervisa de nombreux étudiants de second et troisième cycle. Plus tard, il collabora avec Ian Dyck à l’étude d’une autre localité de la Saskatchewan, le site Sjovold, lieu de campement à composantes multiples des périodes intermédiaire et tardive. Il consacrait l’essentiel de son attention, lors de ces collaborations, aux innovations en matière d’analyse faunique.

Durant la période où il fut archéologue spécialiste des Plaines pour le Musée national de l’Homme (1981-1989), Dick se distingua en assumant deux autres charges – celle de rédacteur technique pour la Série Mercure (série de publications archéologiques du Musée), et celle de gestionnaire du programme de datation radiocarbone du Musée. Quand il était rédacteur, la Série Mercure était florissante, devenant le principal canal de diffusion des rapports archéologiques au Canada. Les études qui constituent des jalons pour chaque région du pays apparaissent dans cette série. Pour ce qui est du projet de datation radiocarbone, Dick, constatant la portée limitée, pour cause de désorganisation et de difficultés de consultation, des dates radiocarbones amassées pour des sites archéologiques, entreprit seul (sans aucune assistance de recherche) la tâche démesurée de rassembler ces informations dans un format accessible à tous. Le résultat est la Canadian Archaeological Radiocarbon Database (CARD), énorme base de données électroniques facile à consulter, hébergée sur le site Internet de l’Association canadienne d’archéologie, et accessible à tous les usagers. L’impact qu’a eu cette base de données sur la chronologie en archéologie canadienne depuis les années 1990 est inestimable.

L’un des aspects les plus remarquables de la carrière de Dick est l’ampleur de ses intérêts et l’enthousiasme avec lequel il se lançait dans la recherche en collaboration avec des chercheurs ayant des champs d’investigations apparentés aux siens. Doté d’un esprit expansif et d’une étonnante aptitude à absorber les difficultés d’autres disciplines, Dick se sentait tout aussi à l’aise à discuter de sections de dépôts glaciaires avec un géologue, à collecter et identifier des insectes fossiles, à échantillonner des sols en quête de graines ou de cendres volcaniques, à baguer des oiseaux, à courir à travers le camp à l’aube avec un filet à papillons, à identifier des dents de microtinés au microscope… Lorsque Dick et moi marchions autour de Head-Smashed-In, il nous faisait nous arrêter à chaque poteau de clôture pour recueillir les pelotes de réjection que les rapaces perchant au sommet laissaient à leur pied. Dick était, au sens le plus profond, un homme de la Renaissance. C’était aussi le meilleur compagnon avec qui l’on puisse espérer travailler, sur le terrain ou dans un laboratoire. Ses collègues sont unanimes à dire qu’être assigné à tout projet auquel participait Dick était un rêve. D’après mon expérience personnelle, je peux vous assurer qu’il était difficile d’avoir plus de plaisir à travailler avec qui que ce soit d’autre que Dick Morlan.

Tout au long de sa carrière, Dick Morlan a diffusé les résultats de ses recherches auprès d’une grande diversité de gens, en donnant des conférences locales, en organisant des excursions et des conférences, en parlant à la radio et à la télévision, en écrivant pour des journaux et des magazines et en préparant des expositions. Il fut, entre autres, chargé de cours à l’Université Carleton, conseiller de l’American Quaternary Association, rédacteur associé d’Arctic Anthropology, collaborateur du Faunmap Project et du Musée de l’État de l’Illinois ; il a eu la charge de cours « Schindler » en anthropologie à l’Université de l’Arkansas et fut deux fois président de l’Association canadienne d’archéologie. L’une de ses plus grandes fiertés fut de recevoir le prix Yukon Beringia Research en 1999.

Dick Morlan a eu une carrière exceptionnelle en archéologie canadienne ; il a repoussé les frontières de la connaissance et a inspiré tous ceux qui ont eu le bonheur de travailler avec lui. Durant toute sa carrière, Dick a permis à l’archéologie canadienne de se distinguer au niveau international. C’est pourquoi il mérite sans conteste de se voir décerner le prix Smith-Wintemberg.

Malheureusement, Dick nous a quittés en janvier 2007. Son épouse Heather est ici avec nous ce soir, et je vous demanderais de l’accueillir chaleureusement d’être venue accepter ce prix au nom de Dick.

Jack Brink

10 mai 2008
Peterborough, Ontario