Roy L. Carlson

Date d’attribution du prix: 
1995
Roy L. Carlson 1986 at Pender Canal
Roy L. Carlson at the helm of Sisiutl in 1973

Le prix Smith-Wintemberg, qui porte le nom de deux pionniers de l’archéologie canadienne, Harlan I. Smith et William J. Wintemberg, est décerné aux membres de la communauté archéologique canadienne qui ont apporté une contribution exceptionnelle à l’avancement de la discipline de l’archéologie ou à notre connaissance du passé archéologique du Canada.

En reconnaissance des contributions de Roy L. Carlson dans ces deux domaines, l’Association canadienne d’archéologie lui a décerné le prix Smith-Wintemberg le 6 mai 1995, lors de sa réunion annuelle à Kelowna, en Colombie-Britannique.

L’implication de Roy Carlson en archéologie a commencé en 1950, en tant que participant à des fouilles aux îles San Juan, et en tant qu’étudiant à l’Université de l’État de Washington où il a obtenu son diplôme de premier cycle (1952) puis sa maîtrise (1955). Il a obtenu son doctorat à l’Université d’Arizona en 1961. Au début de sa carrière, les recherches de Carlson portaient sur la côte Nord-Ouest, le Sud-Ouest américain et le nord-est de l’Afrique. En 1966, il obtint un poste universitaire à l’Université Simon Fraser et ses intérêts de recherche s’orientèrent vers le littoral de la Colombie-Britannique, orientation qu’il a gardée jusqu’à ce jour.

En 1969, Roy Carlson lança l’idée de la création du Département d’archéologie qui fut fondé en 1971, et la même année, il fut nommé professeur d’archéologie. En août 1995, Roy Carlson prit sa retraite du corps professoral. Au cours de ses 45 années de carrière, il s’est distingué par son érudition, son enseignement et ses tâches administratives.

La série des publications de Roy Carlson commence en 1954 avec un article paru dans American Anthropologist sur la « quête de vision » des peuples du Plateau. Depuis lors, il a publié des écrits scientifiques à flot continu, dont trois monographies, cinq ouvrages qu’il a dirigés, plus de soixante articles et seize comptes rendus de livres. Ses articles ont été publiés dans le Journal canadien d’archéologie, American Antiquity, Current Anthropology, le Southwestern Journal of Anthropology, Science, Kush (revue d’études africanistes), B.C. Studies, le Journal of Paleopathology, American Indian Art, Medical Anthropology Quarterly, American Archaeologist, ainsi que dans de nombreux ouvrages collectifs, actes de conférences, encyclopédies et rapports universitaires. Près des deux tiers de ces publications portent sur le littoral de la Colombie-Britannique depuis l’époque de sa plus ancienne occupation jusqu’à la période historique.

En sa qualité d’expert canadien de la côte Nord-Ouest, Carlson a été fréquemment sollicité pour participer à des forums internationaux, pour rédiger des chapitres du volume consacré à la côte Nord-Ouest du Handbook of North American Indian et du Historical Atlas of Canada, ainsi que pour collaborer à des articles, des livres, ainsi que pour examiner des candidatures à des subventions de recherche. En tant qu’universitaire canadien reconnu, il a été membre, puis a présidé, des comités d’attribution de subvention du CRSH ; il a également tenu le rôle de représentant du Canada au Congrès international des sciences anthropologiques et ethnologiques, puis a été professeur invité à l’Académie soviétique des sciences dans le cadre des échanges entre le Canada et l’URSS. Plus récemment, il a été professeur invité à l’Université de Jilin, en République populaire de Chine.

Pour ce qui est de l’archéologie canadienne en général, la plus grande contribution de Roy Carlson fut le rôle qu’il a joué dans la création, le développement et l’administration du Département d’archéologie de l’Université Simon Fraser. En réponse à une proposition rédigée par Carlson et Philip Hobler, le département fut fondé en 1971. Élu à la chaire du département, siège qu’il allait détenir durant 13 des 23 années suivantes, Roy s’est voué au développement et à la croissance du département. Celui-ci offre à présent l’un des deux plus grands programmes d’archéologie au Canada, et cela en grande partie grâce aux efforts et aux qualités d’administrateur de Carlson. Durant les sept années où Carlson n’était pas détenteur de la chaire, il continua à servir et à promouvoir les intérêts de celle-ci après son élection au Sénat de l’Université. Le Département d’archéologie de l’Université Simon Fraser doit sa naissance, sa croissance, et l’essentiel de son statut actuel à la vision et à l’énergie de  Roy Carlson.

Durant les 28 années où il était professeur à l’Université Simon Fraser, Roy Carlson a enseigné à des milliers d’étudiants. En tant qu’enseignant, il privilégiait la participation active, que ce soit au moyen d’excursions sur le terrain, sur des sites archéologiques, ou de l’analyse de matériel archéologique en tant que projets de cours. Il est arrivé récemment un événement très révélateur de sa façon de faire. Invité à un potlach chez les Bella Coola du centre du littoral de la Colombie-Britannique, après avoir reçu leur permission, il y emmena toute sa classe d’archéologie, ce qui a exigé un investissement considérable en temps, en énergie et en enthousiasme, avec pour toute récompense la gratitude de ses étudiants.

En tant qu’enseignant, la plus grande force de Carlson était sa façon de diriger les étudiants gradués. Jusqu’à ce jour, il a été le directeur principal de vingt étudiants à la maîtrise et de neuf étudiants au doctorat, tous ayant réussi, outre sa participation en tant que second superviseur à un nombre égal, sinon plus important, d’autres comités de thèses. De nombreux membres de la communauté des archéologues canadiens, qu’ils soient universitaires ou non, ont eu d’une manière ou d’une autre Carlson pour mentor. La réussite de Carlson en tant que superviseur est indéniable : de tous les étudiants qu’il a dirigés à titre de professeur principal, seuls deux n’ont pas répondu aux exigences du diplôme.

En tant que professeur, Roy Carlson s’est sans cesse voué à la promotion de l’archéologie et de ses découvertes auprès du grand public et auprès des non-professionnels. Il a donné d’innombrables interviews à la radio, à la télévision et dans les journaux, et il a été la figure centrale d’une émission sur l’archéologie en Colombie-Britannique dans la série « University of the Air » [L’université des ondes] du réseau CTV. Roy Carlson s’est impliqué dans la rédaction de manuels d’enseignement à destination des enseignants du primaire, et dans la conception de matériel éducatif pour les élèves de 4e année sur les cultures autochtones anciennes de l’Amérique du Nord. Il a également rédigé des articles grand public et s’est fait l’ardent partisan d’une communauté d’archéologues non professionnels responsables et informés. L’Archaeological Society of British Columbia s’est constituée à la fin des années 1960, directement dans la foulée d’une série de conférences de Carlson sur l’archéologie en Colombie-Britannique. C’est la raison pour laquelle cette association lui a conféré plus tard le titre de membre honoraire à vie.

Il est difficile d’évaluer tout l’impact qu’a pu avoir la carrière d’un individu dans une si brève description. Il n’en reste pas moins qu’en tant qu’administrateur, chercheur et enseignant, Roy Carlson a joué un rôle de premier plan dans le développement de l’archéologie dans l’Ouest canadien au cours du dernier quart de siècle. En tant qu’individu indissociable de la fondation et du développement du Département d’archéologie de l’Université Simon Fraser, de la formation d’étudiants de premier, second et troisième cycles, et de la recherche archéologique sur la côte Nord-Ouest, le travail de Roy Carlson a été exemplaire, et il mérite toute notre reconnaissance ; c’est pourquoi nous lui décernons le prix Smith-Wintemberg.

David Pokotylo

Département d’anthropologie et de sociologie

University of British Columbia

6303 N.W. Marine Drive

Vancouver, B.C., V6T 1Z1

(Merci à David Burley et Jon Driver qui nous ont fourni les informations sur la carrière de Roy Carlson)

La première photographie de Roy Carlson a été prise à Pender Canal en 1986, et la seconde au gouvernail du Sisiutl en 1973. Elles ont été publiées dans le Journal canadien d’archéologie (vol. 20, pp. 5-6).