William J. Wintemberg

William J. Wintemberg
William J. Wintemberg

William John Wintemberg est né à New Dundee, Ontario, le 18 mai 1876. Enfant, il était de santé extrêmement fragile et plus d’une fois, le médecin de la famille avait prédit qu’en raison de la faiblesse de son cœur, il n’atteindrait jamais l’âge adulte. Dès qu’il fut assez âgé pour quitter l’école, son père le plaça en apprentissage chez un tailleur, mais il y était si malheureux qu’il fit un paquet de ses livres et s’enfuit à Toronto, où il trouva un emploi de typographe dans une imprimerie. Mais après avoir manipulé des caractères de plomb pendant quelques années, il attrapa le saturnisme et renonça à ce travail pour le seul emploi qu’il put trouver ensuite, celui de chaudronnier. Aucun de ces deux métiers n’était très rémunérateur ; en 1911, alors qu’il était considéré comme un dinandier qualifié, son salaire pour des journées de dix heures n’était que de douze dollars par semaine.

Si sa faiblesse cardiaque lui interdisait les métiers demandant trop d’efforts, Wintemberg était cependant depuis l’enfance un étudiant avide d’apprendre, qui ne pouvait jamais passer devant une librairie d’occasion sans rêver de certains de ces livres surannés en comptant les cents dans sa poche. Il collectionnait les papillons et autres spécimens d’histoire naturelle, s’intéressait à l’histoire la plus ancienne de son comté d’origine et des comtés voisins, établissait des listes de toponymes et de leurs origines, ramassait d’anciens outils amérindiens en cartographiant les sites d’anciens villages et lieux de sépultures des Autochtones. Ses activités « d’antiquaire » l’amenèrent à entrer en contact avec le directeur du Musée provincial de l’Ontario, le Dr. David Boyle, qui sollicita son aide pour classer et étiqueter les artefacts du musée, puis les exposer à l’École normale, avant de tenter de le faire rattacher au personnel du musée. Le gouvernement provincial de l’époque, indifférent aux besoins de Boyle, lui envoya à la place un bon membre du parti qui ne pouvait faire la différence entre une pointe de flèche et une hache, mais Wintemberg conserva cependant d’étroites relations avec le Musée provincial jusqu’en 1911 et publia nombre d’articles de valeur sur l’archéologie en Ontario dans les séries de rapports annuels du Musée. Cette année-là, il entra au Victoria Memorial Museum (qui devint plus tard le Musée national du Canada), à Ottawa, au début en tant que fouilleur à temps partiel, puis à partir de 1912 en tant que préparateur à plein temps dans le personnel du musée. Cette association inaugure un heureux tournant de sa vie ; elle l’a délivré du travail manuel que son état de santé ne lui permettait pas et lui a permis de consacrer toute son énergie aux choses qui lui tenaient à cœur, l’archéologie de l’Est du Canada et la toponymie en Ontario. En 1925, le ministère en charge du Musée national le promut au rang d’archéologue adjoint et en 1937 à celui d’archéologue associé, poste qu’il occupa jusqu’à sa mort, le 25 avril 1941.

L’un de ses plus grands accomplissements fut la fouille, en 1912 et 1915, de l’ancien village amérindien de Roebuck, à une soixantaine de kilomètres au sud d’Ottawa. Sa description et son analyse minutieuse des vestiges de Roebuck ont constitué une base pour toutes les investigations suivantes en archéologie ontarienne. Il étudia ensuite d’autres sites de l’Ontario et esquissa les grandes lignes de ses découvertes au Québec et dans les Maritimes jusqu’à ce qu’en 1929 il soit prêt à publier ses Distinguishing Characteristics of Algonkian and Iroquian Cultures [Caractéristiques distinctives des cultures algonquiennes et iroquoïennes], ouvrage qui est resté une référence incontournable pour les archéologues, tant amateurs que professionnels. En débit de sa faiblesse physique et sachant qu’il pouvait perdre la vie à tout moment, il explora à deux reprises la rive nord du golfe du Saint-Laurent et se rendit, en 1929, jusqu’à la côte nord-ouest de Terre-Neuve. Là aussi ses recherches furent fructueuses. Elles démontrèrent que les Iroquois avaient occupé la rive nord du golfe jusqu’aussi loin à l’est que Kegaska ; et elles révélèrent, étonnamment, que des « Eskimos », et non des Amérindiens, avaient occupé l’intégralité de la côte nord de Terre-Neuve avant l’arrivée des Blancs, et que ces « Eskimos » étaient un rameau de ce mystérieux peuple « dorsétien » qui avait laissé de nombreux vestiges dans la région de la baie d’Hudson, mais aucun dans l’ouest de l’Arctique. Lors de l’une de ses dernières recherches de terrain, il localisa et fouilla en partie, près de Waubaushene, en Ontario, le site de l’ancienne mission jésuite de Saint-Ignace II où les pères Brébeuf et Lalemant avaient été massacrés par les Iroquois en 1649.

En plus de ses premières contributions aux Rapports annuels du Musée provincial de l’Ontario et de ses rapports dans les séries du Musée national du Canada, Wintemberg publia un grand nombre d’articles, certains dans les Transactions of the Royal Society of Canada, ce qui montre que son travail était estimé par cette société bien avant qu’elle ne l’intègre au nombre de ses membres en 1934. Ses articles couvrent une grande diversité de sujets, parmi lesquels la toponymie, bien que l’immense volume de notes qu’il a colligées sur ce sujet attendent toujours d’être publiées. Il a également rassemblé une grande documentation sur l’histoire de l’éclairage avant l’ère de l’électricité, dont il espérait faire un grand ouvrage qu’il aurait illustré à partir de sa propre collection de lampes anciennes et de bougeoirs, l’une des plus importantes sur le continent.

La maison de Wintemberg à Ottawa était un véritable bonheur d’artiste. Il en avait lui-même fait les plans, avec des heurtoirs de porte et autres ornements de ferronnerie fabriqués par ses soins. Il avait également fabriqué lui-même la plus grande partie du mobilier, car c’était un artisan doué et sensible. Le fait qu’il ait possédé au plus haut point la volonté d’entreprendre tant de choses et la ténacité pour y parvenir est d’autant plus impressionnant de la part d’un homme qui est toujours resté très conscient d’avoir constamment un pied dans la tombe. Cependant, il employait rarement le mot « succès ». Il est indéniable qu’il était devenu l’autorité incontournable en matière d’archéologie canadienne et que, de partout, des chercheurs sollicitaient son avis. Mais il est toujours resté cet étudiant simple et modeste, avide d’apprendre et d’aider les autres dans leur quête de savoir. Dans la vie, sa devise était travailler, travailler non pour les choses matérielles, car il n’avait jamais prisé l’argent ou les choses que l’argent permet d’acheter, mais travailler pour élargir les connaissances humaines et pour révéler quelque chose de la beauté et de la vérité de la vie.

L’après-midi juste avant sa mort, il avait admiré les pissenlits sur sa pelouse, puis il était rentré dans sa maison pour trier ses papiers. Ce faisant, il avait glissé ces citations de Léonard de Vinci dans le livre qu’il était en train de lire :

La vie bien employée est longue. O Seigneur, tu nous accordes toutes tes grâces en récompense de notre labeur. Comme une journée bien remplie nous donne un bon sommeil, une vie bien vécue nous mène à une mort paisible.

Diamond Jenness

National Museum of Canada

Les photographies de William J. Wintemberg nous on aimablement été fournies par Geneviève Eustache et Louis Campeau du Musée canadien de la Civilisation à Hull.

La bibliographie scannée a été attentivement vérifiée par Claire Vachon et Pauline Lacombe.

Première publication : American Antiquity vol. 7, no 10, pp. 64-66, 1941.